Attention: GROS pâté!
Versailles – Live Report
[Tokyo Metropolis II]
16 août – Shibuya O-EAST
Le premier jour, les méchants journalistes sont arrivés en retard. C’est pourquoi les premiers groupes ayant joué au Shibuya O-EAST le 16 août nous sont passés parfaitement inaperçus. Le
temps de voir la performance électro-boys-band-cabaret de Kaya, de se faire défoncer les oreilles sur un Chariots très convaincant, nous étions prêts à entendre, pour la première
fois, Versailles en concert.
Découvrir un groupe japonais dans son pays, c’est comme voir David Beckham jouer au foot en Angleterre. On sent les artistes chez eux, dans une configuration qu’ils maîtrisent, face à un
public conquis. Le tout à un petit air de ‘à la maison’. D’ailleurs, avant même que les artistes aient fait mine d’apparaître sur scène, le public, pas encore rebuté par quatre heures non-stop de
live, scandait à tue-tête : « We are Versailles ! ». Passons outre la faute d’anglais, sport national au Pays du Soleil Levant.
Versailles apparaît enfin, applaudit par un public de connaisseurs. The Love From A Dead Orchestra ouvre cette première playlist constituée essentiellement des titres les plus
anciens de la formation. Le titre passe malheureusement à la trappe sous la surprise de voir une salle entière produire une chorégraphie esquissée par Kamijo (chanteur du groupe). Ce qui
ressort, cependant, est la précision extrême des deux guitaristes, Hizaki et Teru, qui jouent soit séparément, soit à la tierce des soli d’une vitesse effarante. Guitar hero power.
Cette précision leur est vitale, d’ailleurs, puisque toutes les orchestrations symphoniques des titres est diffusée depuis la console de l’ingé-son. Il n’y a pas la place pour la moindre
improvisation, la plus petite pétouille sonore. Un exercice périlleux pour tout musicien.
La longueur de ce premier titre permet aussi de découvrir une esquisse du jeu de scène de chaque musicien, notamment d’étonnements hochements de tête d’un Hizaki probablement très serré
dans son costume de scène. A tel point qu’il est surprenant qu’il puisse faire montre d’autant d’agilité dans le jeu de guitare. Tout le monde ne peut pas sortir un solo dans une robe de bal
Louis XIV.
Enchaîné quasiment sans pause, malgré la recommandation de la playlist, arrive Shout & Bites. Cette fois-ci, c’est Teru qui prend la main à la guitare, dans un solo
extrêmement speed, tandis que sur les impulsions de Kamijo, Teru, Hizaki et Jasmine You (bassiste tout de plumes vêtu) font volte face, ce qui a pour résultat de faire
virevolter leurs costumes de scène. Les journalistes n’osent d’ailleurs imaginer les heures de travail qu’ont dû impliquer ces costumes, les nombreuses petites mains qui ont cousu ces robes,
vestes et pantalons. Le résultat est proche du travail d’un costumier pour film d’époque gonflé au LSD. Le tout passé à la moulinette David Bowie. Satisfaits, prenant possession du concert
après l’ouverture des premiers titres, les artistes sont enfin souriants quand la dernière note de la chanson se fait entendre.
C’est SUZERAIN qui arrive, laissant à Jasmine You l’occasion de montrer que non, il ne restera pas derrière ses retours. Une gestuelle toute en ondulation le caractérise
pendant l’intégralité du concert, soutenue par le jeu de lumières très dramatique, fait de rouges et bleus sombres. Les journalistes se demandent combien de kilomètres il a parcouru pendant le
concert. Il doit être musclé des jambes. Autre point d’orgue de SUZERAIN, le solo en double tapping par Hizaki et Teru, qui sont tellement ensemble que c’est à se
demander s’il ne s’agit pas de playback. Ce n’en est évidemment pas.
C’est un fond sonore de harpe et flûte qui enchaîne sur Forbidden Gate, avec de très sensuels slides de basse qui donne un côté plus ‘ambiance’ et moins ‘performance’ au concert.
Kamijo se montre très en forme sur la chanson. Une voix égale, parfaitement maîtrisée, un vibrato très construit sur la fin de chaque phrase musicale, et gestuelle dramatique. C’est lui le
maître du concert, ce sont ses gestes que le public suit, fasciné. Son charisme est impressionnant. Une très, très légère fausse note sur la toute fin de la chansons lui restitue son statut
d’humain.
Viennent windress et Beast of Desire, qui toutes deux montent d’un cran en agressivité, en bourrinage-défoulage. Au Japon, pas de limitation légale aux décibels
que peuvent envoyer les musiciens, ce qui fait que les journalistes, qui en ont perdu l’habitude, se font positivement exploser les tympans. Les touches électro de windress, et
les injonctions de Kamijo à mettre le bordel, les hurlements stridents de la foule y sont certainement pour quelque chose. C’est Yuki, à la batterie, qui se détache lors de
Beast of Desire, dès que les journalistes ont remarqué que les muscles de ses bras sont contractés du début à la fin du concert. Un effort physique, probablement un exercice
d’endurance au-delà de toute mesure. La décoration de la batterie, entourée de roses rouges, crée un véritable contraste avec le bourrinage de son détenteur.
La setlist se termine sur The Red Carpet Day. C’est ‘la chanson pour faire gueuler le public’. Et en effet, ce dernier s’en donne à cœur joie. On aurait presque pu remarquer que
certains des journalistes se sont pris au jeu au lieu de bosser. Teru et Hizaki changent de côté de scène, Jasmine You se ballade un peu partout, Kamijo lui-même est
plus mobile : c’est la chanson libératrice, le plaisir coupable des musiciens en plus d’une communion avec le public.
Ce sera un plaisir grandi lors du rappel, The Revenant Choir, qui montre que même si Yuki s’est probablement épuisé lors du live, il a encore la force de gérer
les-doigts-dans-le-nez un titre entier en double pédale, ce qui est très fatiguant, comme chacun sait. En tout cas, les journalistes ont essayé la double pédale et ça leur a fait mal aux jambes.
Mais qu’importe, tous les musiciens sont plus souriants et le public, qui connaît par cœur, a bien l’intention de profiter à fond de ce qui est leur dernier plaisir du soir.
De toute façon Versailles joue encore le lendemain, et les journalistes y seront aussi.
Versailles – Live Report
[Tokyo Metropolis II]
17 août – Shibuya O-EAST
Le second jour, les méchants journalistes sont encore arrivés en retard. Personne ne les a engueulés, par contre. Le temps de voir un Rentrer en soi très bourrin, un Sugar au
guitariste fascinant, et un Matenrou Opera soporifique, ils étaient prêts à voir, pour la seconde fois, un concert de Versailles.
Les journalistes avaient pris plein de photos du concert de la veille, alors ils pensaient ne faire que de la prise de notes ce jour-là seulement, quand Versailles est apparu sur scène, et
que les oreilles des journalistes ont perdu vingt décibels à cause des hurlements dans le public, la journaliste en chef a vu que les costumes avaient changé et a hurlé au journaliste d’images de
courir dans la fosse photographique « MAINTENANT TOUT DE SUITE ».
C’était pendant le début de Aristocrat’s Symphony. Une atmosphère électrique règne à ce moment, une excitation papable dont les journalistes ne pouvaient pas encore déterminer la
source. Quelque chose allait se passer, nous disait notre sixième sens machiavélique, mais quoi ? Nous n’en savions encore rien.
La foule scandait « We are Versailles » ; ils ont décidément une bonne mémoire. Les tribunes des journalistes et invités étaient bondées. Mais les journalistes n’en
avaient que faire, ils étaient là pour bosser. Les journaliste des photos a d’ailleurs failli se faire virer parce qu’il tenait en équilibre au-dessus de la rambarde d’où il mitraillait les
musiciens avant de descendre au pied de la scène.
Yuki, le batteur, s’était tout à fait remis des folies d’endurance de la veille, puisque les rythmes rapides et la double pédale s’enchaînaient parfaitement aux dislocations d’épaule
dignes d’un Yoshiki dans son jeune âge. Comparaison facile mais inévitable. Et dès cette première chanson, avec son lot de trépidations dans le petit monde des observateurs, les musiciens
sont dans le public, essayant de réduire au maximum la distance entre l’auditeur et l’interprète. Avec un souci de conservation tout de même, une envie de rester en vie qu’on ne peut pas leur
reprocher. Visiblement, ils ne souhaitent pas se laisser happer par les dizaines de bras frénétiquement tendus.
Automatiquement, sans que personne ne puisse prendre le temps de respirer, arrive Antique in the Future. Jasmine You est intenable, se tortille (danse ?) sans arrêt,
Hizaki virevolte dans tous les sens, et Yuki montre qu’il sait en plus varier son jeu de batterie avec un très agréable passage tribal, sur le tom grave. C’est lui qui tient tout le
morceau, les changements de rythmes passent comme une lettre à la poste grâce à la précision de son toucher. La journaliste en chef note d’ailleurs que la construction linéairement variable de la
musique rappelle une inspiration classique très évidente.
Vient Second Fear, ouvert par un riff extrêmement rapide sur cordes étouffées, un arpège qui pourrait bien être un clavecin au pays de Pantera. C’est à ce moment que
Kamijo montre une nouvelle facette de son personnage : sa voix se brise, il relâche les vannes et laisse sortir des sons moins contrôlés, plus primaux – plus efficaces aussi. Le
Vampire délaisse son apparence contrôlé pour devenir plus bestial, ce qui n’a rien de désagréable. C’est à ce moment que les journalistes, qui sont des gens très futés, décident que l’intensité
est clairement montée d’un cran par rapport à la veille.
C’est de zombie, pourtant, que la journaliste en chef tombe amoureuse. Son riff Burtonien a quelque chose de jouissif. Il est complètement déjanté, et revient sous toutes ses
formes le long d’un titre parfaitement cadavérique. Comme depuis le début du concert, c’est Teru qui exécute la plupart de soli, lui donnant une place plus importante que celle qu’il
tenait la veille. Emportés par l’agressivité de zombie, Kamijo finit par se rouler à terre, et Jasmine You se retrouve à genoux (un exploit dans sa tenue
psychédélique).
Arrive la touche éléctro du concert dans SFORZANDO, à qui le son de grosse caisse allié à celui de la basse donne une grande pesanteur. Les journalistes sentent dans les guitares
une recherche d’un son plus efficace, plus simple, sans pour autant abandonner les soli lyricaux qui font la signature de Versailles. On peut observer beaucoup plus de contact entre les
musiciens, spécialement Teru et Kamijo qui se collent l’un à l’autre. Kamijo s’enroule autour de Teru, et lui abandonne son micro le temps de quelques notes. Les trois
cordes (guitares et basse) sautent en même temps : effet de scène garanti, et c’est Hizaki qui reprend la main avec un solo digne d’un grand guitariste.
Sur After Cloudia et The Sympathia, on sent la grande fierté de Kamijo à jouer ces titres sur scène. En effet, les journalistes le prennent la main dans le
sac à plusieurs reprises. Il scrute le public, arborant un sourire éclatant, son expression victorieuse. L’introduction d’After Cloudia était trompeuse : le rythme est celui
d’une cavalcade effrénée ; c’est encore Hizaki qui se démarque en solo. Introduction tout aussi fourvoyante sur The Sympathia, puisque c’est un piano romantique qui
résonne, sur lequel Hizaki rentre avec une montée dans les aigus plus lente, plus touchante aussi. Kamijo s’offre une petite pause en laissant chanter un public qui, rappelons-le, a
une excellente mémoire. Non contents d’avoir suivi les chorégraphies pendant tout le live, ils connaissent aussi les paroles par cœur !
Le concert se clôt sur History of the Other Side, titre à l’entrée dramatique, sur fond de clochettes flippantes et susurrements de Kamijo. Comme pendant tout le concert,
il n’y a pas de mise à part d’aucun musicien, se disent les journalistes. Le son est intégral, sans prise de contrôle de la voix ou de la guitare. D’ailleurs, à par Yuki, tous les
musiciens chantent. Sans micro, mais c’est pas grave. Eux aussi ils connaissent les paroles par cœur.
Les journalistes se font une autre réflexion amusante : du côté de la scène de Hizaki, le public n’est pas sur la même chorégraphie. Sans pouvoir apporter de réponse à ce phénomène
surprenant, les journalistes décident d’éviter le débat.
Le rappel se fait attendre, mais le public est à fond quand même. « We are Versailles ! » aura été sans conteste la phrase la plus prononcée de la soirée. Yuki fait
sensation en arrivant torse nu sur scène, ce qui permet aux journalistes de compter le nombre de ses côtes (ça restera un secret). Et Kamijo, souriant, prend la parole. Il explique que le
nom de Versailles a été déposé par une musicienne américaine, et annonce que le groupe change de nom. Lequel ? Eh bien, cela n’a pas été encore choisi : il invoque donc les fans
à faire leurs propositions.
Les journalistes comprennent enfin la sensation générale d’exaltation qui caractérise le concert : ce live était le dernier live de Versailles en tant que Versailles. D’où le
public dans le coin des invités : les journalistes ont grillé (malgré l’absence de leur maquillage) le chanteur de Matenrou Opera, le guitariste et le chanteur de Sugar, et
quelques membres de Rentrer en soi, se tenant debout juste derrière nous.
Afin de conclure l’histoire de Versailles sous ce nom, le groupe finit une seconde fois sur The Revenant Choir, mais l’exécution est différente de la veille. Les musiciens sont
tous plus sautillants, le public headbangue à tout vat, Jasmine You ne veut décidément pas rester derrière ses retours. L’intégralité du show est plus vive que la veille. Un plaisir par
comparaison.
La fin arrive sous les applaudissement et les cris. Teru, ce petit blagueur, a collé des autocollants dans le dos de Yuki. Résultat, quand ce dernier salue, son guitariste explose
de rire. Un final plein de bonne humeur, donc. Nous on a les oreilles niquées et des images plein les yeux.