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Vendredi 12 septembre 2008

Soyons un peu sérieux, pour changer. Je me suis jetée à corps perdu dans quelque chose de dangereux, je m’en rends compte maintenant.

 

Vous me voyez à la place de ce journaliste?


Je veux comprendre. Je veux savoir le pourquoi du comment. Je veux savoir pourquoi ces jeunes et moins jeunes décident de faire du Visual Kei alors qu’ils pourraient tout à fait faire la même musique sans avoir à supporter des costumes qui les font transpirer comme des porc sur scène.


D’après l’un d’entre eux : « On pue à la fin des concerts : on transpire énormément. Mais on s’habitue aux talons, aux costumes. On s’habitue à tout, même si ça gène notre gestuelle. »


Qu’on ne me fasse pas croire que l’amour de l’art et de l’esthétique provoque chez les musiciens des délires masochistes. J’aime l’art et je trouve qu’une paire de talons, c’est joli et ça galbe bien les jambes. Oserai-je même utiliser le terme maudit ? J’ose : c’est sexy. Ca ne veut pas dire que quiconque me verra sur scène perchée sur des échasses. J’aime assez l’idée de ne pas m’éclater par terre devant des gens.


Je veux aussi comprendre pourquoi un journaliste de Visual Kei (un des tout premiers, en fait), a admis deux faits très étonnants. Il a acquiescé quand je lui ai dit « mais vous ne faites pas du journalisme, en fait : vous faites de la pub ! ». Déjà, ça, c’est choquant à entendre (même si c’est vrai). La facilité avec laquelle il l’a admit montre à quel point la critique n’est pas chose courante au Japon. En creusant un peu la question, je lui ai demandé s’il était concevable de démonter un mauvais album. Il m’a répondu ‘oui, au prix de ta carrière. Tu le fais une fois, tu le feras pas deux fois’. Message reçu.

 

Shoxx, un des plus grands magazines consacrés au Visual Kei.


La seconde affirmation choquante était que, bien entendu, les labels paient les médias pour qu’ils parlent de leurs artistes. C’est un secret de polichinelle, mais quand même ! J’admire le courage de ma source.


Parce que un journaliste japonais du nom de Hiromichi Ugaya passe pour la énième fois devant un tribunal le 16 de ce mois-ci. Et vous savez pourquoi ? Ce spécialiste reconnu de la Pop japonaise (logiquement nommée J-Pop) a été cité par un confrère dans un article où il émettait des réserves sur les méthodes de classement de l’Oricon (top 50 japonais).

 

Michel Temman (Libération, Ouest France, Reporters Sans Frontières) en parle mieux que moi.


Je suis entrée en contact avec Mr Ugaya, qui m’a spécifié (dans un anglais de toute beauté – normal : il est passé par Columbia) à quel point les médias japonais se désintéressaient de son affaire, et à quel point il était important que les médias étrangers continuent de s’impliquer.


Les bloggeurs en général semblent émettre beaucoup de réserves quant à l’issue du procès. Une société cotée en bourse contre une personne : quelles sont les chances de gagner (toute justice mise à part) ? Il n’est même pas protégé par une rédaction. Il ne peut même pas prouver la justesse de son propos puisqu’il doit protéger ses sources.


(un truc international de déontologie, pour ceux que ça intéresse.)

 

Une petite précision sur la protection des sources (qui est la raison pour laquelle je vous donne des citations sans noms). Une personne normale dira: il est con lui, pourquoi il ne donne pas ses sources? Il s'éviterait pas mal d'emmerdes. Et en général, je suis assez d'accord. Mais si tu donnes une source, plus personne n'acceptera de te parler, surtout quand les sujets abordés sont sensibles. Donc ta carrière est foutue.

 

Foutue pour foutue, ne faudrait-il pas s'éviter une énorme perte d'argent et donner ses sources? Le fait est que si j'ai bien compris, Hiromichi Ugaya est de toute façon financièrement démonté. Rien que les frais d'avocat l'ont déjà ruiné. Il est en train de se débattre comme il peut, avec un courage assez impressionnant, surtout qu'il est en mode Don Quichotte. Médias japonais ou moulins à vent: même combat.

 

 

J'ai même lu que les gens se bougeront quand il y aura eu dommage collatéral (et le 'dommage collatéral', ça va être Ugaya). Bravo le courage. Donc si je me retrouve dans la même merde, personne ne se bougera. Ca fait réfléchir.


Moi qui ne me voit pas comme journaliste intégrée, je me sens particulièrement concernée par son histoire. D’abord parce que je suis française et qu’on aime les révolutions en France. Mais surtout parce que si je publie dans mon livre que les journalistes dans le Visual Kei sont contraints de prostituer leur écriture au profit des maisons de disques… On va me mettre un procès au cul ? Je vais me retrouver à la rue, avec une carrière professionnelle irrattrapable sans même avoir vraiment commencé ? Et tout ça, pour avoir écrit un truc que tout le monde sait ?

 

Je ne suis pas une personne engagée de nature. Je me fous de la politique, les affaires légales m'emmerdent et je ne m'intéresse que de loin et par obligation à l'actualité. Mais ceci a un côté trop vrai pour que je l'ignore comme à mon habitude.

Par Six Lunes - Publié dans : News - Communauté : Apprentis journalistes
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